Saint-Jacques de Compostelle

2017-08-30 10.12.56

Saint-Jacques de Compostelle
Nom mythique
Résonnant en moi
Comme une douce ritournelle

Je ne te connais que de nom
Encore rien sur les 1001 merveilles
D’un intinéraire
Sans nul autre pareil

Lancinante
La peur guête
Sous sa cape de couardise
Et d’attentes muettes

Pourquoi diable prendre la route
Quand tout autour de toi
Invite à rester dans la course
Et que lentement s’installe le doute ?

Marcher ?
Est-ce vraiment la priorité ?
Allons
Ce n’est pas sérieux !

Pendant un mois qui plus est !
Mais tu es fou !
N’as-tu rien de mieux à faire
Que d’ajouter à tes godasses quelques trous ?

Raison qui tourbillonne
Pendant que le coeur
Entend l’étranger qui claironne
Tambourinant déjà de bonheur

Lui sent déjà les rivières
Couler dans ses veines
L’enivrement éphémère
Des rencontres soudaines

Il bat déjà au rythme de la forêt
Rêve de bailler aux étoiles
Et de la paix
Qui borde lacs et sentiers

Épouser l’inconnu
Tel un enfant curieux
Se lancer des défis incongrus
Lui n’a jamais oublié le sens du jeu

Impatient de saisir
La vie à mains nues
De croquer ses fruits
Sans crainte et sans retenue

Gamin qui saute, danse et rit
Se moque des grands
Du regard des gens
De leurs inepties

Qu’est la notion de temps
Dans les yeux d’un enfant ?
Qu’est la vie pour lui
Sinon émerveillement et facétie ?

11 kilos sur le dos
Une tente
Quelques fringues
Point trop n’en faut

Au début le corps lutte
Les épaules en bandoulière
Rêvent de coussins d’air
L’esprit tous azimuts

Les mollets ne comprennent pas ce qui se passe
On adapte la hauteur du sac
Et on sue à grosse goutte
Pendant que le mental jacasse

Instantanément des liens se créent
Autour d’un sourire
D’un repas
Ou d’un bout de chemin partagé

Hommes, femmes,
Enfants et vieillards
Marchant main dans la main
Sur la même trame

Celle d’un monde plus tendre
Plus généreux, plus humain
Qu’on soit rouge, blanc, noir ou brun
Ouvrier, étudiant ou bien médecin

À la fin de la journée
Qu’on dorme en tente
Ou dans un dortoir chauffé
On a les mêmes cloches aux pieds

Nous rencontrons tous la pluie
Et le beau temps
L’extase, la fatigue
Le découragement

Tous cheminent
Nombre courent
Certains ruminent
Mais qui marche vraiment ?

Entre projections fantasmatiques
Et spectres d’un passé chaotique
Un pèlerin peut s’égarer longuement
Dans des guerres intestines

Sans même apercevoir
Le jour illuminer la colline
Sans même sentir son corps
Respirer la vie qui l’anime

Mais il y a toujours un moment
Où le marcheur revient à ses bottines
Ou s’éprend à frissonner
Sous la caresse du vent

Alors il prend le temps
Savoure l’air fleuri
Dans ses narines
Et goûte la chaleur d’un été qui défile

Il sort de l’urgence
De tout ce non-sens
Et frôle l’imperceptible liberté
De son essence

Chemin qui enrichit
Autant qu’il ne dépouille
La zone de confort s’effrite
Pendant que l’aventure s’invite

Les plafonds d’étoiles
Remplacent peu à peu
Le dortoir municipal
Et ses ronfleurs oublieux

Vieilles granges
En guise de gîte
Quand l’orage éclate
Sous le regard des anges

Il écoute la Terre
Déverser toute sa colère
Et observe la sienne
Trembler sous les tonnerres

Joue sous les canons d’arrosage
Pieds dans la gadoue
Un large sourire
Au coin de la joue

Puis court se laver
Parmi les morts
Corps et esprit
Purifiés par une nature sauvage

Combien de larmes ont coulé
Le long du chemin
Dans la chapelle de Marie
Au milieu des bocages ?

Perles d’un même chagrin
Arrosant les graines
D’une générosité
Qu’on croyait oubliée

Rendre grâce
À chaque instant qui passe
Et cueillir sans culpabilité
Les fleurs de l’hospitalité

Comme autant d’invitations
À donner à son tour
Un peu de son temps
De son amour

Et sombrer
Dans les bras de Morphée
D’une fatigue saine
Usé comme ses godasses

Rêver d’une autre humanité
Plus consciente, moins rapace
Et apprendre
À l’aimer telle qu’elle est

Aller châtouiller les Pyrénées
Dans un bain de brumes matinales
Avant de célébrer la vie
Avec une kyrielle de nouveaux amis

Se rapprocher des autres
Des animaux
Des plantes
Et de soi-même

Plonger au plus profond de son être
Entre l’ombre et la lumière
Tomber dans une pâleur blême
Et tout envoyer paître

Ressentir l’union
De la Terre et du Ciel
Se relever
Puis repartir vers l’essentiel

© Benoît Patte

2 réflexions sur “Saint-Jacques de Compostelle

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